Séances inoubliables

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Texte : Gabi
Illustration : Les taquineuses de l’Art

  • Mon premier film d’horreur :

J’ai 4 ou 5 ans, en vacances chez mes cousins préférés. Leur père nous emmène voir La belle au bois dormant, de Walt Disney, au cinéma. Lors de la scène de combat, sur un rocher au-dessus du vide, entre Maléfique (qui a pris la forme d’un dragon) et le jeune chevalier qui vient sauver la princesse, ma cousine et moi entrons dans une crise de terreur extrême. C’est alors que mon cousin, refusant de céder à la panique, crie de toutes ses forces un libérateur « Elle est trou-fesse la sorcière !! ». L’expression est restée célèbre dans la famille …

  • Le cinéma de l’été :

Dans le petit port de pêche breton où j’habitais, le cinéma n’ouvrait que pendant la saison estivale. De style vintage, il était attenant à un des bars du bled et il y régnait une ambiance particulière. Les jeunes du coin se plaçaient toujours au fond de la salle pour y faire autant de bruit que leurs mobylettes au pot d’échappement trafiqué. Ils interpellaient et insultaient les acteurs et les actrices, commentaient à voix haute tout ce qui se passait sur l’écran. Ceux qui venaient vraiment pour voir le film avaient intérêt à s’asseoir tout devant … Dans ce cinéma d’un autre temps, j’ai ri, pleuré, et suis bien sûr tombée amoureuse de Mel Gibson (alias Fletcher Christian dans Les révoltés du Bounty) l’été de mes 15 ans.

  • Le cinéma de l’hiver :

En dehors de la saison estivale, il y avait le ciné-club qui nous permettait d’aller découvrir des films un peu moins commerciaux (Le voyage de Brendan, Derzou Ouzala, …) dans une salle des fêtes très froide sur des chaises très inconfortables. Mais c’était bien quand même.

  • Pathé à domicile :

Un ami de la famille collectionnait les bobines de films Pathé et avait même chiné le projecteur qui va bien. Un soir ma mère et lui avaient décidé d’organiser une séance ciné-rétro à la maison. Elle avait invité plein de monde, amis et famille. Dans le salon on avait installé des bancs et des chaises devant une grande toile blanche (celle qui servait aux séances diapos), placée de façon à ce que le film puisse être vu depuis le piano. Tous ces vieux films étant muets, un cousin y improvisait avec brio des airs de ragtime, entrecoupés de petits effets comiques collant au contexte, comme une marche funèbre ou nuptiale. Cette soirée fut une vraie réussite, un pur bonheur.

  • Y’a-t-il un interprète dans la salle ?

1978, en vacances en Irlande avec ma mère et deux de mes frères. J’ai 9 ans. Un soir, pendant que ma mère est au pub, on décide d’aller au cinéma voir Star Wars. Problème, c’est en Anglais. Mes frères comprennent à peu près les dialogues (ils sont plus vieux que moi de 6 et 7 ans) mais moi j’ai passé 2 heures à n’y entraver que dalle, si ce n’est que la princesse Leia était très jolie, que les droïdes étaient drôles et que Choubaka n’était pas méchant.

  • Sent-sationnel :

1981, en vacances chez ma grande sœur à Paris. Un peu punkette sur les bords, elle m’emmène voir Polyester de John Waters, film trashissime en « odorama ». A l’entrée, chaque spectateur recevait une carte à gratter avec des pastilles numérotées. Pendant le film, lorsqu’un numéro apparaissait à l’écran, on devait gratter la pastille correspondante pour sentir les mêmes odeurs que les acteurs du film (odeur de pizza, de colle, de marijuana, de déodorant pour WC, de putois, d’excréments…). Expérience marquante pour mes 12 ans !!

  • Studio Galande :

Dans cette salle obscure parisienne, près de la Sorbonne où je faisais des études de lettres modernes, j’ai découvert le cultissime Rocky Horror Picture Show, une parodie rock de mauvais film de science-fiction. Pas question de rester assis, il fallait faire vivre le film dans la salle. Certains venaient même costumés comme les personnages. Complètement accro dès le début, j’ai appris les chansons, les chorégraphies et les répliques par cœur et y suis retournée plusieurs fois.

  • La vengeance de l’homme noir :

J’ai 24 ans. Je travaille sur un voilier de croisière aux Antilles (eh oui, les lettres modernes ça mène à tout !). Pendant une escale à Pointe-à-Pitre, une collègue propose d’aller au cinoche voir Sister Act. Autour de nous une très grande majorité de Guadeloupéens, normal. Mais pendant le film, à chaque fois que Whoopy Goldberg tourne en ridicule ou humilie un personnage à la peau blanche, tous les blacks exultent et se lèvent entre les fauteuils pour danser et taper des pieds. Pendant ce temps on essaie de se confondre avec les fauteuils, de se faire les plus petits possibles …

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