Poursuite

le lit de la peurPoursuite

Texte : Monsieur Tran
Dessin : Cortez

Je cours, je cours, vite, je cours à perdre haleine.
Je dévale les escaliers, vers un dédale souterrain interminable aux entrées multiples, dans lequel je zigzague éperdument, à la recherche de la sortie, tandis que je les entends crier dans mon dos.
Je cours, je cours, mais déjà ils sont là, surgissant de partout, claquant le sol de leurs bottes sous la lumière froide.
Ils marchent au pas de l’oie, avec à leur tête Frau Thiria, professeur d’allemand des cinquièmes, une grande règle à la main, comme celle qu’elle utilisait pour taper sur les doigts des mauvais élèves. J’ai toujours su me soustraire à ses sévices jusqu’à présent.
« Fuchs, du hast die Ganz gestohlen »  (renard, tu as volé l’oie), me chante-t-elle.
« Te rappelles-tu la suite ? Non, tu ne la sais pas, toi, le voleur de l’oie ! Du n’as pas bien suivi les cours d’allEmand ! Du musst sterben ! Du dois mourir ».
Pris de panique, je parviens à m’enfuir, je ne sais trop comment, mais je cours à nouveau, de plus en plus vite, jusqu’à une clairière, une vaste prairie, que j’atteins comme par enchantement.
Ils me suivent au loin, les militaires à la démarche mécanique et effrayante.
Je dois franchir les barbelés, vite, vite, je voudrais courir plus vite, mais mes jambes ne me portent plus, mes jambes me lâchent. Je n’avance plus, je rampe, et ils se rapprochent, ils se rapprochent…
J’arrive quand-même à me trainer jusqu’à une ferme abandonnée, à l’intérieur de laquelle ne subsiste qu’une grange, munie d’une échelle qui mène à un grenier.
J’y parviens péniblement, mais à peine arrivé en haut, je les aperçois déjà, Frau Thiria et la Schutz Staffel, en train d’enfoncer la porte avant de braquer leurs armes dans ma direction.
Ils commencent à tirer, le plancher du grenier cède sous leurs assauts, et je tombe, je tombe, j’ai le vertige.
Au moment où je touche le sol, je rebondis, et ça me réveille.
J’ai peur dans le noir, alors j’allume la lumière, mais ils ne sont plus là.
Je leur ai encore échappé.

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