Les sports d’hiver

scrabble-claudePar le Docteur Spiel, expert en vulgarisation.
«Citoyens, parlez debout, mais par les deux bouts»
Illustration de 537718.

L’activité physique, cher lecteur, est indispensable à ta bonne santé.
Je suis plus ou moins docteur, je sais ce que je dis.

Pour ma part, je pratique une médecine parallèle très exigeante. C’est en vérité une médecine horizontale. Souvent peu comprise, cette discipline ne me laisse pas le temps, et encore moins les moyens de descendre, toujours plus bas, les pistes enneigées.

J’ai donc choisi de descendre pour toi le puits des sciences de mon érudition, fermant les yeux à chaque fois que nécessaire pour retourner au coeur des choses.

J’ai fait des recherches harassantes dans plusieurs bibliothèques gigantesques (sur Wikipédia). J’y ai découvert que l’expression sports d’hiver est « apparue à la fin du XIXe  siècle pour désigner les sports pratiqués exclusivement l’hiver, en raison des conditions climatiques, glace, neige, indispensables à leur fonctionnement».

Intéressant détail  : il est subodoré que tout ça aurait démarré avec l’idée lumineuse d’un hôtelier suisse – un commerçant, suisse de surcroît, on peut avoir confiance – un certain Johannes Badrutt, à Saint-Moritz, qui réussit en 1885 à faire revenir ses touristes anglais pendant la morte saison, en leur proposant de faire de la luge, du patin à glace ou du ski!

Les Anglais ont-ils de la neige sur leur île? Bah non, jamais, au grand jamais, et pas de montagne non plus, c’est pourquoi ça les amusait de faire de la luge.

Tu connais des marins qui aiment les bains de mer, toi?

L’habitant des montagnes suisses de St Moritz, pareil, il ne fait pas de luge, c’est pour les enfants, tu tombes dans la neige, t’as froid en cinq minutes. Sans compter qu’il faut remonter à pied (en 1885, pas de remonte pente). Et le ski? À l’époque, c’est uniquement par nécessité et avec skis en bois, des pompes en cuir glaciales mal ficelées dessus… C’était le triste lot d’une poignée de malheureux travailleurs des montagnes du coin, qui venaient se taper un vin chaud au bar de l’hôtel le soir pour se réchauffer. Ils avaient skié la journée sur de la neige pas tassée au-dessus de St Moritz, pour aller négocier un mauvais bout de gruyère, ou fourguer quelques produits financiers défiscalisés à un crétin des Alpes sous-oxygéné par l’altitude. Alors, il ne fallait pas leur parler de faire du ski pour le plaisir. Non merci, qui disaient les gars.

Du coup, imagine la rigolade des copains de Johannes Badrutt, au bout du comptoir du Badrutt’s Palace Hôtel, en cet hiver 1885. Ils voyaient revenir vers18H30 des Englishs blafards, grelottants, trempés de neige, qui s’offraient une semaine d’engelures et de coups de soleils, payée en devises au taux de change maous d’une banque suisse. Et ça en morte saison!

Pétés de rire les Suisses-Allemands  : «Ach, Johannes ist es Ihnen die besten, ha ha ha! Johannes du bist zu laut! Braten könnte ein hausieren ihre UBS Kontoeröffnung für diese Angelegenheit sein? Gehen, setzte mich Enzian zu feiern! … »  (Dr Spiel a traduit pour toi   : Ahrr, Johannes, c’est bien toi le meilleur, ha ha ha! Johannes, t’es trop fort! Les rosbifs, on pourrait peut-être leur fourguer une ouverture de compte chez UBS tant qu’on y est? Allez, remets-moi une gentiane pour fêter ça!…   »)

Treize ans seulement après, en 1898, Roald Amundsen réalisait pour la première fois au monde un hivernage en Antarctique, en participant à une expédition polaire belge.

Expédition POLAIRE BELGE ?!!

Croyez-vous qu’on pouvait lui parler de rigoler sur une luge à St Moritz au Roald à son retour?! Il venait de se faire bizuter par une bande de Belges qui avaient lancé ça en déconnant, un soir qu’ils goûtaient un brassin de Brugge Tripel à 8,7 degrés…

Non, les sports d’hiver sont historiquement un truc pour gogos, pour gentlemen en goguette à la recherche d’un nouvel exotisme. Bref, un truc infantile comme tous les trucs proposés par la société de consommation. La neige, le froid, ça craint, tout le monde le savait au 19ème.

Encore un indice : Hans Christian Andersen, bien que sosie de Pierre Richard, écrivait en 1844 un truc pas drôle du tout sur le sujet des sports d’hiver: la Reine des Neiges.

C’était pas de la comédie musicale!

Un pauvre gars du nom de Kay se perçoit uniquement Ultra Méga Moche dans le miroir ensorcelé que le diable lui a refilé, et il déprime complètement. Bon, on sait bien que le diable, c’est pas un marrant, mais peut-être aussi que c’étaient les hormones et l’acné qui travaillaient le Kay à ce moment là? Il faut se méfier d’imputer trop vite des trucs au diable ou aux dieux (de nos jours, même un toubib comme moi ne se laisserait pas avoir).

Mais le destin s’acharne sur Kay, il finit par être enlevé par la Reine des Neiges dans son palais de glace, elle l’embrasse et lui retire le peu de souvenirs et de joie de vivre qui lui restaient!

Alors, les sports d’hiver, ça donne quoi comme rêve de vacances pour le pauvre Kay en 1844?

Pas de trace dans l’aventure d’une soirée fondue au chalet avec une reine des neiges bombasse au bronzage lunettes et string sous la combi fluo…

Les studios Disney ont transformé la diablesse en mannequin narcissique chantant, afin d’éveiller des pulsions sexuelles prématurées chez le consommateur de 5 ans. Mais à l’époque, c’était autre chose.

Et Hans Christian, il était Danois, il s’y connaissait en glace et en neige, autant que les potes de Johannes à St Moritz.

Mais attends, j’y pense, ils étaient copains les gars, si ça se trouve!! Mais oui!!

Copenhague / St Moritz, ça fait 1300 km, c’est archi faisable. Le Gilles, par exemple, il te le fait dans la journée, même avec sa caisse qu’a 300 000 bornes. Il vous le confirmera.

Enfin voilà, il aura suffi de rouler dans la farine (disons dans la neige) une bande de Britanniques mondains complètement de l’ouest qui n’ont jamais vu un névé, pour lancer un business de dingue autour de la neige.

Cent cinquante ans plus tard, les montagnes sont saignées par des pylônes, des câbles et des pistes de descente de 100 m de large dans la forêt. Des immeubles genre barre HLM de 40 étages défigurent les collines, et toi tu finis de te détruire les genoux chaque hiver après trente minutes d’attente au télésiège toutes les heures.

Pire, on déséquilibre toute l’hydrologie montagnarde en construisant en altitude des retenues d’eau toujours plus grandes. Pour quoi faire  ? Alimenter les canons à neige. Et quand les marchands de canons se mêlent à la partie…

Dans la version d’Andersen, est-ce que la reine des neiges fait une descente en parabolique à un moment donné ? Non. Kay et sa frangine font-ils du Snowboard? Non. Aucune base mythologique à tout ça, aucune peinture rupestre de skieur n’a jamais été retrouvée! Avant 1979 et Jean-Claude Duss dans Les Bronzés, aucun matériau ethnographique n’est disponible. C’est sorti de nulle part, ce truc de sports d’hiver, c’est du flan.

Encore une invention des Suisses pour gagner des sous. Et voilà, nous y sommes.

Hans Christian était le conteur officiel des enfants du roi du Danemark, à l’époque  : Christian IX.  À un poste aussi prestigieux, il aurait pu faire de la pub pour l’Alpe d’Huez, ça aurait cartonné. Mais il n’était pas fou, Hans Christian, on pouvait bien faire une blague à des Anglais pour qu’ils aillent mourir de froid dans la montagne suisse, mais les mouflets de Christian IX, attention!… C’est un truc à se retrouver dans les oubliettes du château de Christiansborg à Copenhague, et il n’y fait pas chaud… Et puis, mon roi Christian, il aurait pensé quoi si ses six gosses avaient chanté toute la journée Délivrééééééé… Libéréééééééé… avec le DVD en boucle.

Alors, écoute une fois encore le Dr Spiel: le réchauffement climatique va transformer les stations de ski en champs d’avalanches à répétition, prends de l’avance, revends tes skis pendant qu’ils valent encore quelque chose et achète un Scrabble, tu seras cognitivement bien plus élevé et t’auras moins froid.

Allez, moi je vais faire une sieste. Bien à toi, Dr Spiel.

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