Le réveil de la Bête

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Le réveil de la Bête

Texte : Bébert
Photomontage : 537718

Les flux migratoires coulent dans mes veines comme un cocktail d’amphétamines, réveillant en moi des pulsions primaires et totalitaires.

Trop longtemps léthargique dans cette époque d’aisance, où le progrès social fleuretait avec la croissance, la bienséance morale ne me laissait que de peu de place pour perpétrer le mal. Celui qui m’invoquait passait pour un réactionnaire, un acariâtre, un va-t’en guerre.

Aujourd’hui, vos clameurs haineuses m’appellent, j’entends déjà l’écho de vos bottes sur les pavés de certaines villes d’Europe. Vous noyez les réseaux sociaux de vos commentaires racistes et vindicatifs. Vous vociférez vos insanités au Café du Commerce ou à la sortie de la messe. Vous vous vautrez dans la fange, fiers de vos saillies de petits hommes aigris.

Vous n’avez pas choisi comme cible le puissant, qui sert plutôt mes intérêts, vous avez choisi le migrant, victime de ma propre infamie, celle que j’ai semée avec mon copain le banquier dans ces pays gorgés de pétrole, pour alimenter vos bagnoles.

Ces longues files de migrants, défilant sur vos écrans, ont réveillé vos peurs de partager les fruits de votre labeur et de perdre vos valeurs, que votre identité de franchouillard soit diluée dans cette culture barbare, que votre saucisson soit remplacé par un couscous mouton.

Que je t’aime quand, au nom de tes valeurs judéo-chrétiennes, tu renies les préceptes de ton dieu :
« Tu ne maltraiteras point l’étranger, et tu ne l’opprimeras point, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte. »

Mais ils n’ont pas la chance de Moise, les flots se referment sur eux, charriant leurs cadavres sur les plages de tes vacances. Victimes expiatoires de tous ces jeux de pouvoir, ils ont souffert sous le joug de régimes despotiques avant d’être soumis à la folie des fondamentalistes.

Ils rêvaient de ces pays de liberté, dont ils ont porté haut les idées en ces printemps arabes, avant de finir mangés par les crabes. Les rescapés se sont heurtés à des murs de barbelés avant d’être parqués pour être réexpédiés : « Vos espoirs sont caducs, allez vous faire voir chez les Turcs ».

Je n’ai plus qu’à arroser leurs rancœurs qui poussent dans leurs malheurs pour en faire germer la haine, fruit de ton attitude inhumaine. Ils seront de plus en plus nombreux à venir se faire exploser dans ta société cadenassée.

De représailles en représailles, on aura besoin de plus en plus de bétail à envoyer à la bataille. Tu m’offriras tes enfants pour te défendre de tous ces mécréants. Ils iront en chantant et finiront vides de sang.

Oh ! peste de choléra, que j’attends ce temps honni où tes peurs ne seront plus ressentiment. Tu auras beau pleurer tes morts, je n’aurai pas de pitié le jour du jugement dernier pour un pauvre quidam qui a vendu son âme pour quelques deniers.

La Bête

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