La genèse

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Texte : Bébert

Photomontage : 537718

Dieu dit :  » Que la lumière soit !  » et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière et les ténèbres.
Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres Nuit. Et il y eut un soir, et il y eut un matin, ce fut le premier jour. »

Dès le catéchisme, je me fis une mauvaise image de la nuit, c’était le monde du malin, de la tentation et des péchés. Luxure, paresse, envie en étaient les succubes.

Jusqu’à l’adolescence, je pris soin de me protéger des ténèbres. Je me réfugiais dans mes pénates au crépuscule, et mes nuits étaient protégées par une veilleuse qui, de son halo, empêchait l’obscurité de me couvrir de son noir et glacial linceul.

Mais l’âge du poil et de la testostérone m’obligèrent à reconsidérer la nuit sous un nouveau jour. Si je voulais avoir une reconnaissance sociale, appartenir à un groupe, ou matérialiser mes rêves érotiques autrement qu’avec un gant de toilette rempli de nouilles, il fallait que je sorte, que j’affronte mes peurs, que j’aille à des soirées.

La partie n’était pas gagnée, il me fallait être invité, et je n’avais pas forcément les prédispositions dont sont faits les VIP de toutes les soirées, ceux dont l’absence est augure d’une fête gâchée.

Physiquement, mon acné virulente saupoudrait le teint terne de mon visage, comme les traces laissées par un essaim de mouches diarrhéiques survolant un panneau blanc stratifié. De petite taille rachitique, seuls mes bras arrivaient à mes chevilles.
Mes talents oratoires se limitaient à des gloussements idiots accompagnant les bons mots des autres, ou à des « ah ouais », « t’es trop toi », « t’as vu le dernier Rambo, génial non, ouais, t’as raison, c’est de la daube… ».

Pour être invité, j’étais obligé de taper l’incruste. Dès que j’entendais parler de boum, je me mélangeais au groupe, un sourire idiot aux lèvres et le regard suppliant, attendant qu’une bonne âme charitable me demande, sous le regard réprobateur de sa troupe : « Et toi, tu viens à la soirée ? ».

De ces soirées, pour ce qui est de la pêche aux filles, tout ce que j’ai chopé, c’est des hémorroïdes, à force de garder mes deux sacs rivés sur des chaises. C’est les couilles pleines, en ayant mal au cul, que je rentrais de ces nuits assis pour m’épancher dans mon gant de toilette.

Mais aujourd’hui, mon heure a sonné, finis les quolibets ou le dédain que l’on me manifestait, je suis le bourreau de vos nuits, le dérailleur de vos soirées, un chasseur assermenté. Je suis flic, brigade de nuit.

Je chasse mon gibier à la sortie des bistroquets, repérant le bellâtre saluant son public de beuverie de quelques plaisanteries. Je le vois s’éloigner, heureux de sa propre suffisance, mais le pas hésitant et le geste lent pour quitter son stationnement.
Je le prends en filature dans sa grosse voiture, le laissant mariner et transpirer à se faire peur, en lorgnant dans son rétro intérieur : « Eh oui, je suis toujours là… ». J’attends qu’il soit mûr. Un petit coup de gyrophare, je n’ai plus qu’à le ferrer et lui demander ses papiers.

Qu’il est mignon, à souffler dans son ballon, qu’il a l’air con quand je lui dis que c’est pas bon, qu’il a l’air navrant en implorant mon indulgence. Où il est le bourreau des cœurs qui me traitait de puceau ? C’est toi qu’il l’est maintenant, sans ton permis !

J’aime le cool aussi. Celui à qui il suffisait de sortir sa guitare pour jouer au queutard. Pour eux, j’ai l’effet cool-kiss. Je sors le ballon, et là, je vois la satisfaction du mec responsable, celui qui conduit, qui ramène ses amis, c’est l’effet cool. Je le félicite pour son sens civique, et là, je lui tends la languette, un petit test salivaire le met à terre, c’est l’effet kiss. C’est tenace, le THC, si tu n’as pas fumé aujourd’hui, tu as bien dû fumer hier ?

On ne fait pas que punir, on s’offre aussi du plaisir. Celles que je préfère, ce sont les divorcées, la quarantaine, trois enfants, celles qui sortent avec leurs copines une fois à l’année pour décompresser.
Celles-là, je les laisse me supplier, me raconter ce que seraient leurs vies sans permis, avant de leur expliquer que j’ai un autre ballon, mais que dans celui-là il faut aspirer et non souffler.
En général, on finit par se comprendre, j’ai les valseuses qui perdent de leur embonpoint, et mes contrevenantes gardent leurs points.

Alors, cher lecteur, si tu as peur du noir, que tu te sens frustré, mal aimé et complexé, fais comme moi, engage-toi dans la police.
Bébert

2 comments on “La genèse
  1. lome dit :

    sympas les mecs continuez et banzai je suis un pote à Jack de briare

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