Anneaux vacances

Jeux de Montréal 1976Anneaux vacances

Texte : Monsieur Tran
Illustration : Cortez

C’était les Jeux Olympiques de Montréal, cet été-là.
Pour nous permettre de suivre la compétition, retransmise le soir et la nuit, à cause du décalage horaire, Fernando, le père de Cortez, nous avait installé une télé et des matelas dans son grenier.
Comme ça, on ne dérangeait personne, et c’était déjà l’aventure, notre cabane au Canada.
Les Français ne raflaient quasiment aucune médaille, à part Guy Drut, mais on s’en moquait.
On voyageait avec les sportifs et leurs différentes nationalités. On était en vacances, et on avait l’impression d’être ailleurs, en Italie, en Suède, aux Etats-Unis, en Jamaïque,…
Juantorena, El Caballo à la foulée puissante, nous amenait à Cuba.
Nadia Comaneci, la gymnaste virtuose, nous dévoilait une partie du charme de l’Est.
Ca nous ouvrait un peu l’esprit, parce que pour nous, dans le temps, le bloc de l’Est, c’était l’ennemi, les méchants, l’inconnu total, à part Yvan Rebroff, qui rêvait d’être riche sous le communisme, et encore, c’était un faux Russe !
Les athlètes de ces contrées, toutes froides dans nos esprits conditionnés, de la Pologne à la Bulgarie, semblaient presque faux eux aussi, tant ils étaient monstrueux.
Les nageuses Est-Allemandes, de vraies armoires à glace avec des têtes d’hommes, ou les haltérophiles russes, qui mangeaient trois poulets au petit-déjeuner et deux moutons à midi, ne nous inspiraient pas confiance.
Quand on les voyait, on avait tendance à se glisser plus profondément sous la couette !
La RDA ou la Russie, on n’y serait pas allés en vacances, à l’époque !
Comme quoi, le mur existait dans les faits, mais aussi dans nos têtes.
La blague du moment c’était d’imiter Brejnev qui disait à un sportif russe : « Camarrrade Popov, médaille d’orrr ou Sibérrrie ! »
Mais bon, on rigolait, on était du bon côté. En tout cas, c’est ce qu’on croyait.
Il faut dire qu’on était jeunes et naïfs. Les Jeux, pour nous, c’était juste un jeu, justement, on pensait qu’ils étaient tous gros, grands, forts, voire bêtes, mais on n’imaginait pas qu’ils étaient dopés.
A priori, ils seront encore là cette année, les Russes (entre autres) et leur dopage, pour remplir les caisses des gros pleins de sous et pour faire rêver les enfants innocents pendant leurs vacances.

M. Tran

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